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Poussés par le génie créateur et l’esprit d’innovation de leur population, les États-Unis ont peut-être la capacité de relever plus facilement que tout autre pays les défis auxquels ils ont confrontés, au premier plan desquels figurent leurs sérieuses difficultés économiques actuelles.

C’est ce qui ressort d’une étude récemment publiée par l’INSEAD, l’Institut européen d’administration des affaires situé dans la région parisienne (Fontainebleau), qui a classé les États-Unis premiers sur son indice mondial de l’innovation. Bien qu’il ne soit pas étonnant de trouver les États-Unis en tête de liste, « l’étendue de leur avance n’était pas entièrement prévisible », ont dit, dans un article publié sur Internet, Soumitra Dutta, qui a dirigé l’étude de l’INSEAD, et Simon Caulkin, de la revue World Business.

Les États-Unis sont suivis, sur cet indice, par l’Allemagne, le Royaume-Uni, le Japon, la France, la Suisse, Singapour, le Canada, les Pays-Bas et Hongkong.

L’étude de l’INSEAD donne au terme « innovation » la définition suivante : l’amalgamation du génie de l’invention et de la créativité pour produire des valeurs économiques et sociales.

L’indice est fondé sur le principe selon lequel l’aptitude de tout pays (ou territoire) à vaincre une difficulté est liée à sa capacité d’adopter et de faire fructifier des techniques innovatrices, des compétences humaines renforcées et des moyens améliorés d’organisation, de gestion, et de rendement des institutions. C’est pourquoi les auteurs de l’étude sont allés au-delà des critères traditionnels d’innovation, tels les dépenses sur la recherche et la mise au point de nouveaux produits, ainsi que le nombre de brevets. En revanche, ils ont évalué « les piliers » de l’innovation, à savoir les stratégies de gestion, l’infrastructure, le niveau de technicité, le développement des connaissances et la compétitivité.

L’économie des États-Unis offre un climat supérieur pour l’innovation et elle est davantage habilitée à les exploiter par rapport aux autres pays, indique l’étude de l’INSEAD. Celle-ci souligne que les universités et centres de recherches américains, qui attirent les meilleurs cerveaux du monde entier, et bénéficient de possibilités sans pareille de financement, sont certains des facteurs qui contribuent à l’avantage dont disposent les États-Unis.

Mme Dutta et M. Caulkin disent, cependant, que des universités de première classe et une profusion de financement n’expliquent pas, à eux seuls, cet avantage.

Pour réussir, disent-ils, « il faut aussi avoir une culture de pluralisme, de l’optimisme et un système fondé sur le mérite, au sein duquel les origines d’une personne sont moins importantes que son aspiration au succès ».

L’étude indique que la position prééminente des États-Unis n’est pas gravée dans la pierre et que « l’Asie est prête à redéfinir de nombreux aspects du domaine de l’innovation ». Par exemple, la Corée du sud, actuellement 19e sur l’indice de l’INSEAD, s’est révélée être le pays avec la société la plus avancée du monde en matière d’usage de l’Internet à débit rapide.

Mme Dutta et M. Caulkin ont toutefois lancé une mise en garde : dans la concurrence de plus en plus serrée pour s’attirer les meilleurs cerveaux, les États-Unis pourraient ne plus être en mesure, en accueillant des étrangers talentueux, de « camoufler » ce qu’ils ont qualifié de défaillances au niveau de l’enseignement primaire et secondaire dans le pays. Ils soulignent également l’infrastructure qui prend de l’âge aux États-Unis, ce qui pourrait entraver leurs efforts en faveur de gains significatifs de productivité par l’innovation.

Qu’est-ce que “innover”?  Scott Berkun (Usa), nous donne une bonne partie de la réponse:

Le secret le mieux gardé concernant l’innovation est qu’elle est à la portée de tout le monde. Le processus n’a en effet rien de sorcier. Vérifiez le mot « innover » dans le dictionnaire pour vous assurer que vous en comprenez bien le sens. Vous découvrirez quelque chose comme : Innover : apporter du nouveau. Rien de plus. II ne s’agit pas d’être un génie créateur, ni un forcené du travail, ni de respecter les bons principes inculqués par votre maman. Cela se résume à ces trois petits mots : apporter du nouveau. Et je vous promets qu’à la fin du présent essai, vous connaîtrez tous les secrets de la chose et que vous pourrez, vous-même, innover.

L’élément clé de la définition est le mot « nouveau ». L’erreur, quand on parle de nouveauté, est de supposer qu’il doit s’agir de quelque chose que l’univers n’a jamais vu, ce qui est l’une des trois suppositions les plus ridicules de l’histoire de l’humanité (je vous laisse trouver les deux autres vous-même). En voici la preuve : pensez à un grand innovateur, n’importe lequel, et je vous garantis qu’il a puisé dans le passé, emprunté et réutilisé des idées pour concevoir ce qui a fait sa célébrité.

Les frères Wright, inventeurs de l’aviation motorisée aux États-Unis, ont passé des heures à observer les oiseaux. Si ennuyeuse que cette activité puisse paraître, c’est grâce à cela que nous avons aujourd’hui des avions supersoniques. Le cubisme, l’un des grands mouvements artistiques des deux derniers siècles lancé par Picasso, a fortement subi l’influence de la peinture africaine à laquelle ce dernier a été exposé ainsi que celle de l’œuvre d’un autre peintre français de la génération précédente, Cézanne. Et Thomas Edison n’a pas inventé la lumière artificielle. Parlez-en aux milliers de gens qui sont morts avant la naissance d’Edison et qui ont utilisé le bois, la cire, l’huile et d’autres combustibles comme sources de lumière portatives, mais incontrôlables, (pour ne rien dire de Joseph Swan, détenteur, avant Edison, d’un brevet sur la lumière électrique).

Même dans notre monde actuel de haute technologie, on trouve des relations évidentes entre ce que nous qualifions de « nouveau » et des idées du passé. La Toile (World Wide Web) et l’Internet doivent leur nom à des choses connues depuis des millénaires. Les premières toiles ont été tissées par des araignées et les premiers filets (« net » en anglais) ont été utilisés par les populations du monde entier pour attraper des poissons des milliers d’années avant l’apparition de l’ordinateur. Google, cet extraordinaire instrument de recherche, est souvent appelé un « moteur de recherche », évoquant ainsi la mécanique et non un élément d’une chaîne binaire.

Tous ces exemples prouvent que le truc, pour l’innovation, consiste à élargir votre perspective sur ce que l’on qualifie de nouveau. Dès lors que votre idée, ou que votre application d’une idée existante, est nouvelle pour la personne à laquelle vous la destinez, ou qu’elle applique une notion existante de façon nouvelle, vous devenez, du point de vue de cette personne, un innovateur et c’est tout ce qui compte.

Toutefois, même avec ces définitions améliorées, il en faut un peu plus pour innover. La boîte à outil de l’innovateur type contient généralement trois choses : des questions, des expériences et de l’autonomie.

Posez des questions. La façon la plus facile de commencer est d’examiner ce que vous faites tous les jours. Demandez-vous simplement : qui d’autre fait cela et en quoi leur façon de faire est-elle différente de la mienne ? Si vous ne connaissez qu’une seule façon de faire, vous vous avancez beaucoup. Vous pariez que sur les innombrables façons de faire qui existent, celle que vous connaissez est la meilleure. Je suis personnellement du genre joueur, mais c’est là un pari que je m’abstiendrai de faire, parce que les chances de gagner, une sur un nombre infini, sont extraordinairement faibles. Même pour des actes tout simples tels que faire la vaisselle ou nouer ses lacets de chaussures, il existe dans le monde entier des dizaines ou des centaines de façons de faire différentes. Ces méthodes sont toutes, pour vous et pour tous les gens que vous connaissez, des innovations potentielles. Le problème tient à ce que ces diverses façons de procéder ne sont pas évidentes et qu’il faut déployer des efforts considérables pour les rechercher et les découvrir.

Vous ne savez pas par quoi commencer ? Posez davantage de questions. Les questions utiles pour les innovateurs sont du type suivant :

• Pourquoi fait-on comme cela ?

• Qui a commencé à faire comme ça et pourquoi ?

• Quelles autres possibilités y avait-il et quelle est l’idée que cette nouvelle idée a remplacée ?

• Qu’est-ce qui nous ennuie le plus, mes amis et moi, dans cette façon de faire et quelles améliorations pourrait-on apporter ?

• Comment fait-on cela dans d’autres villes, d’autres pays, d’autres cultures, ou comment le faisait-on à d’autres époques ?

• Quelles sont, dans ces différents contextes, les différentes hypothèses retenues et les différentes contraintes prises en compte ?

• Comment puis-je appliquer les réponses aux questions ci-dessus à ce que je fais ?

Beaucoup de grands innovateurs ont su poser de meilleures questions que le reste de leurs concitoyens, et c’est en partie à cela qu’ils doivent leur réussite. Nous ne parlons pas de génie, quoi que l’on entende par là, d’exercices secrets de musculation cérébrale à faire tous les matins ni même de moyens financiers extraordinaires, mais de la poursuite acharnée de réponses à des questions simples aboutissant à des idées déjà présentes dans le monde et susceptibles d’être adoptées et appliquées.

Isaac Newton s’est demandé comment la gravité pouvait s’exercer sur les pommes tombant du pommier de même que sur la lune. En posant la question dans ces termes, il a procédé à des observations et élaboré les formules mathématiques relatives à la pesanteur, chose que personne n’avait faite auparavant de manière satisfaisante pour lui. Nombre des inventions de Léonard de Vinci ont pour point de départ la question : comment l’eau coule-t-elle ? Ce sont ses multiples études des cours d’eau et de la façon dont l’eau se déplace qui l’ont amené à inventer les roues à aubes, les dispositifs d’acheminement de l’eau dans les aqueducs et les canaux, et les pompes de puits. Sans ces questions et ces observations, portant sur des choses aussi banales que l’eau et la gravité, le talent créateur de Newton et de Léonard de Vinci n’aurait eu aucune chance de se manifester.

Faites des essais. Poser des questions est une chose ; essayer d’y répondre en est une autre. Dans le processus de création, rien ne remplace l’expérimentation personnelle. Vos caractéristiques spécifiques, y compris certaines que vous n’aimez pas particulièrement chez vous, sont des atouts lorsqu’il s’agit de penser de manière créative. Personne ne voit le monde exactement de la même façon que vous.

En conséquence, si vous pouvez faire des expériences, observer ou fabriquer quelque chose vous-même, vous pourrez peut-être faire des observations qui échapperaient à d’autres et en tirer des leçons. Ces observations sont les germes de l’innovation : vous verrez peut-être une vieille idée, un instrument banal, selon un point de vue différent des autres, et si vous suivez la piste qui s’ouvre à vous, vous aboutirez peut-être à une innovation.

Rappelez-vous que nos connaissances actuelles sur l’univers ne proviennent pas de grimoires magiques existant de tout temps et attendant d’être découverts. Elles proviennent de gens curieux qui ont non seulement posé des questions, mais qui se sont mis en quête de réponses jusqu’en des lieux où les autres n’étaient pas disposés à se rendre. Francis Crick et James Watson, qui ont découvert l’ADN, ont suivi leurs intuitions et émis des hypothèses sans preuves pour répondre à leurs questions, passant des heures dans leur laboratoire à faire des choses dont leurs professeurs estimaient qu’elles étaient non seulement non scientifiques, mais qu’elles représentaient une immense perte de temps. Socrate lui-même, le plus grand philosophe du monde occidental, était opposé à l’idée de consigner certaines réflexions dans des livres. Si son élève Platon n’avait pas adopté l’innovation qu’était alors l’écriture et écrit l’histoire de Socrate, nous ne connaîtrions pas leurs noms, ni a fortiori la méthode socratique de l’apprentissage sur laquelle reposent les pratiques modernes de nombreux établissements d’enseignement.

Le progrès dépend de gens qui pensent de manière indépendante et qui, curieux, suivent leurs idées aussi loin qu’ils le peuvent et font notamment des choses que d’autres se refusent à essayer de faire. Essayez, apprenez et essayez encore. La dernière étape consiste à ne pas s’attendre à réussir du premier coup. Si vous faites quelque chose de nouveau pour vous-même ou pour vos amis, il est difficile de prévoir ce que vous obtiendrez comme résultats. Et plus l’innovation est grande, plus grands aussi sont les risques… et le travail : mettre au point une nouvelle recette de biscuits est une chose ; changer les modes de pensée ou les façons de faire d’autrui en est une autre.

Étant donné qu’il faudra peut-être de longues heures de travail pour satisfaire votre curiosité, il est important de savoir comment vous réagissez à l’échec. Trouverez-vous en vous le courage d’y réagir non pas par de l’embarras ou des regrets, mais par de nouvelles questions : pourquoi cela a-t-il échoué ? Quelle leçon puis-je en tirer ? Que ferais-je différemment la prochaine fois ? Si vous en êtes capable, comme la plupart des grands inventeurs et créateurs de tous les temps, vous serez sur la bonne voie. .

Scott Berkun est l’auteur du bestseller The Myths of Innovation (o’reilly media, Inc., 2007). Il s’exprime sur la pensée créatrice et l’innovation à http://www.scottberkun.com.

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Par Alain Genestine
Samedi 7 novembre 2009 6 07 /11 /2009 00:34
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Publié dans : Education-Recherche et Développement - Ecrire un commentaire
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