Voici une interview effectué par D. Perrin, journaliste pour Challenge:
Les syndicats appellent encore à manifester le 13 juin pour réclamer une plus forte réaction de l’Etat face à la crise. La contestation peut-elle s’amplifier ?
Michel Maffesoli. La société ressemble à un lac de montagne : en surface, c’est le calme plat, mais au-dessous, ça grouille. De temps en temps, des bulles très fortes apparaissent, mais cessent rapidement. Les grèves dans les universités en sont un exemple. Parti d’un argument ridicule – l’évaluation des professeurs, nécessaire -, ce mouvement a révélé une insatisfaction profonde, dans la manière de penser la science et l’éducation. Il a mobilisé beaucoup d’émotion et, soudain, il vient de s’arrêter. De la même façon, je ne pense pas que le 13 juin mènera à une forte contestation.
Le terme de crise semble vous énerver…
Oui. Parler tout le temps de crise économique est une réduction abusive. La crise n’est pas financière ou économique, mais sociétale. Nous vivons un changement de paradigme, de modèle de société.
Quand a-t-il commencé ? Peut-on le lier à l’explosion de la crise financière à l’automne dernier ?
Non, il faut cesser de se focaliser sur le dernier événement. Nous vivons un grand changement de société, comme il en arrive tous les trois ou quatre siècles. Subrepticement. Nietzsche disait que les vraies révolutions avancent sur les pas des colombes. On ne les entend pas. Nous assistons à la saturation des valeurs qui ont fondé le XVIIIe et le XIXe siècle : le travail, le progrès et la raison.
Quelle est cette nouvelle société ?
Un monde moins économique, plus hédoniste et «émotionnel». Tout commence dans les années 1950, avec le passage de l’architecture moderniste de Le Corbusier ou du style Bauhaus, très fonctionnels, à l’architecture postmoderniste, de bric et de broc, de Robert Venturi ou Ricardo Bofill. Les révoltes juvéniles des années 1960 suivent, il ne faut plus perdre sa vie à la gagner. Puis, depuis les années 2000, la société vit une apocalypse au sens étymologique, elle se révèle à elle-même. Un monde postmoderne émerge.
Un monde moins rationnel ?
Oui. La création relègue le travail : il faut faire de sa vie une oeuvre d’art. Etre un bon manager et faire des confitures ! Le mythe du progrès a mené au saccage écologique. Place au présent et au carpe diem… Les jeunes générations ne font plus de projet. Pourtant, les énergies sont là – 330 000 entreprises ont été créées l’an dernier -, mais elles se mobilisent sur l’instant. On comprend une société quand on saisit sa temporalité. Enfin, l’imaginaire supplante le rationnel. Google impose, par exemple, à ses salariés de passer 15 à 20% de leur temps de travail à rêver ou à lire.
Quels politiques, quels intellectuels réfléchissent à ces évolutions ?
L’intelligentsia française reste sur les schémas des Lumières et se révèle incapable de dire comment les gens vivent, de mettre des mots sur les choses. Cette déconnexion légitime toutes les explosions.
Dominique Perrin source Challenge
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AL’ain GENESTINE – Vice Président d’Alternative Libérale
Wikio BlogonetUn parti politique est surtout fort de sa cohérence intellectuelle, de sa capacité à produire des idées
et à argumenter pour les défendre. Autrement dit, pour un parti d’idées comme le nôtre, la constitution
d’une véritable Université Libérale en son sein est essentielle.
Sabine HEROLD
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