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A propos du terme « libéralisme »

par Ludwig von Mises

 

traduit par Hervé de Quengo

Ceux qui ont l’habitude des écrits publiés ces dernières années sur le libéralisme vont peut-être m’objecter que ce qui est appelé libéralisme dans le présent ouvrage ne coïncide pas avec ce que l’on comprend habituellement sous ce terme dans la littérature politique contemporaine. Je suis loin de le nier. Au contraire, j’ai moi-même souligné que ce que l’on entendait sous le vocable « libéralisme » aujourd’hui, particulièrement en Allemagne, est totalement différent de ce que l’histoire des idées appelle « libéralisme » pour décrire le contenu du programme libéral des XVIIe et XVIIIe siècles. Presque tous ceux qui se prétendent de nos jours « libéraux » refusent de se prononcer en faveur de la propriété privée des moyens de production et défendent des mesures en partie socialistes et interventionnistes. Ils cherchent à justifier leur position en expliquant que l’essence du libéralisme ne consisterait pas à adhérer à l’institution de la propriété privée mais à d’autres choses, et que ces autres choses exigent un développement plus poussé du libéralisme, qui ne devrait plus dès lors défendre la propriété privée des moyens de production mais se faire à la place l’avocat du socialisme et de l’interventionnisme.

 

Ce que ces « autres choses » peuvent bien être, les pseudo-libéraux doivent encore nous l’expliquer. Nous les entendons beaucoup parler d’humanité, de magnanimité, de véritable liberté, etc. Il s’agit certainement de sentiments nobles et respectables que tout le monde approuvera immédiatement. En fait, toute idéologie y souscrit. Toute idéologie — hormis quelques courants de pensée cyniques — pense défendre l’humanité, la magnanimité, la véritable liberté, etc. Ce qui distingue une doctrine sociale d’une autre n’est pas l’objectif ultime du bonheur humain universel, qu’ils désirent tous, mais la façon dont ils cherchent à l’atteindre. Le trait caractéristique du libéralisme est de proposer d’arriver à cet objectif par la propriété privée des moyens de production.

 

Les questions de terminologie sont cependant, somme toute, secondaires. Ce qui compte n’est pas le nom mais la chose dont on parle. Aussi fanatiquement opposé à la propriété privée que l’on puisse être, on devra toutefois concéder au moins la possibilité que quelqu’un puisse la défendre. Et si l’on accepte ce point, on devra bien entendu donner un nom à ce courant de pensée. Il faudrait demander à ceux qui se prétendent aujourd’hui libéraux comment ils appelleraient l’idéologie qui défend la préservation de la propriété privée des moyens de production. Peut-être répondront-ils qu’ils souhaitent l’appeler « manchesterisme ». Ce terme a été initialement créé avec une connotation de dérision et d’insulte. Néanmoins, cela n’empêcherait pas de l’employer pour désigner l’idéologie libérale si ce n’était que l’expression a toujours été utilisée jusqu’ici pour marquer le programme économique plutôt que le programme général du libéralisme.

 

Il faut en tout cas donner un nom au courant de pensée défendant la propriété privée des moyens de production. Le mieux est de s’en tenir au terme traditionnel. Il n’est source de confusion que si l’on suit le nouvel usage, qui autorise même les protectionnistes, les socialistes et les bellicistes à se présenter comme « libéraux » quand ça les arrange.

 

On pourrait aussi se demander si, en vue de diffuser plus largement des idées libérales, il ne faudrait pas trouver un nouveau nom à l’idéologie libérale, de sorte que les préjugés développés à son encontre, particulièrement en Allemagne, ne constituent pas un handicap. Une telle proposition partirait de bonnes intentions mais serait totalement opposée à l’esprit du libéralisme. Tout comme ce dernier doit, par nécessité interne, rester à l’écart de toute ruse de pure propagande et éviter tous les moyens qu’utilisent les autres mouvements pour faire accepter leurs idées, il faut aussi éviter d’abandonner cet ancien nom pour la simple raison qu’il est impopulaire. C’est précisément parce que le terme « libéral » a une connotation défavorable en Allemagne que le libéralisme doit le conserver. L’important n’est pas de rendre la pensée libérale plus facilement acceptable par tout le monde, mais de convertir les gens au libéralisme, de les faire penser et agir comme des libéraux.

 

Une deuxième objection pouvant être levée à l’encontre de la terminologie en usage dans le présent ouvrage consiste à dire que le libéralisme et la démocratie ne sont pas considérés ici comme étant en opposition. De nos jours, en Allemagne, le « libéralisme » indique souvent la doctrine qui soutient l’idée d’une monarchie constitutionnelle, et la « démocratie » signifie le soutien à l’idéal politique de la république parlementaire. Même sur le plan historique, cette conception est totalement indéfendable. C’est la république parlementaire et non la monarchie constitutionnelle pour laquelle le libéralisme s’est battu. Sa défaite à cet égard consista précisément en ce que l’Empire allemand et l’Autriche ne réussirent qu’à créer une monarchie constitutionnelle. Le triomphe des antilibéraux vient de ce que le Reichstag allemand était si faible qu’il peut être qualifié, si l’on veut être précis et non poli, de « club de bavards ». Le dirigeant du parti conservateur qui affirmait qu’un lieutenant et douze hommes suffiraient à dissoudre le Reichstag disait la vérité.

 

Le libéralisme est le concept le plus général. C’est une idéologie qui embrasse toute la vie sociale. L’idéologie de la démocratie ne comprend que les aspects sociaux qui relèvent de la constitution de l’État. La raison pour laquelle le libéralisme exige la démocratie comme corollaire politique a été démontrée dans la première partie de l’ouvrage. Montrer pourquoi tous les mouvements antilibéraux, socialisme compris, doivent être antidémocratiques est le but des recherches voulant analyser de manière approfondie la nature de ces idéologies. En ce qui concerne le socialisme, j’ai essayé de le faire dans le livre qui porte ce titre.

 

Il est facile à un Allemand de s’égarer, car il pense toujours en ayant à l’esprit les libéraux-nationaux et les sociaux-démocrates. Les libéraux nationaux ne furent jamais, même à l’origine, un parti libéral — tout au moins sur les questions de droit constitutionnel. Ils constituaient ce courant du vieux parti libéral qui a toujours expliqué qu’il prenait en compte « les faits tels qu’ils sont réellement », c’est-à-dire qu’il considérait comme certaine la défaite du libéralisme dans son conflit constitutionnel prussien contre les adversaires de la « Droite » (Bismarck) et de la « Gauche » (les partisans de Lasalle). Les sociaux-démocrates n’étaient démocrates que tant qu’ils n’étaient pas au pouvoir, c’est-à-dire tant qu’ils ne se sentaient pas assez puissants pour éliminer leurs adversaires par la force. Dès qu’ils s’estimèrent les plus forts, ils se déclarèrent partisans de la dictature — comme leurs auteurs l’avaient toujours recommandé. Ce n’est qu’après avoir subi des défaites sanglantes face aux bandes armées des partis de droite qu’ils se sont à nouveau déclarés en faveur de la démocratie « jusqu’à nouvel ordre ». Leurs penseurs l’expliquèrent en ces termes : « Au sein des partis sociaux-démocrates, le courant en faveur de la démocratie a triomphé sur celui préconisant la dictature. » Bien entendu, seul un parti qui défend les institutions démocratiques en toutes circonstances — même s’il est le plus fort et qu’il est au pouvoir — peut être qualifié de démocratique.

 

 

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Big Government leads to

Serfdom and Poverty

 

 

 

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Par Alain Genestine
Lundi 9 novembre 2009 1 09 /11 /Nov /2009 13:43

Publié dans : Politique - Ecrire un commentaire
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