Partager l'article ! La République par Chantal Delsol (partiel): La France s'interroge sur elle-même. En ce moment précisément, au tournant du siècle, ...
La France s'interroge sur elle-même. En ce moment précisément, au tournant
du siècle, la France traverse une crise identitaire, ce que traduit une psychologie
malade. D'autres peuples dans l'Histoire ont connu cette situation. Cela s'exprime
en général par l'émergence d'une « question » nationale. Il y a eu une « question
allemande » comme une «question tchèque ». On peut dire qu'il y a aujourd'hui
une « question française» au sens où la France se trouve remise en cause, non
pas dans son existence, que rien ne menace, mais dans son identité.
Un individu se désigne par ses actes passés ou présents, son caractère, ses
passions propres, ses habitudes et ses convictions. L'identité d'un peuple tient dans
sa manière d'habiter l'Histoire, ses hauts faits et ses aventures, ses goûts singuliers,
la forme de sa pensée reflétée dans sa langue. Entité qui traverse le temps, un peuple
imprime sur les siècles sa marque propre.
L'identité d'un peuple relève de sa, culture : sa manière de vivre et de penser,
d'exister singulièrement dans l'histoire universelle. La culture se vit autant qu'elle se dit.
Elle raconte le passé et ouvre ses propres perspectives d'avenir. Par sa culture,
un peuple dépeint une image du bonheur humain. L'identité est un modèle d'existence.
Elle exprime comment un peuple se manifeste, la place qu'il occupe dans le monde,
le rôle joué. Elle exprime les caractères par lesquels un peuple se reconnaît au miroir,
et par lequel les autres le reconnaissent.../...
En conclusion:
…/…Épargnés des dangers que faisaient autrefois peser sur nous les armées
étrangères, l'hostilité franco-germanique, les deux totalitarismes, nous avons à
affronter désormais des adversaires très différents. Nous ne nous heurtons plus
à des menaces, mais à un défi. La transformation du péril nous laisse pantois.
La menace est un danger objectif et précis. Hitler envahit là Rhénane. Les chars
russes patrouillent à quelques heures de Strasbourg. Il faut mobiliser, ou pointer
les missiles vers l'Est. Pour cela le pays réunit ce qu'il possède de forces, mais
aussi d'ardeur, de traditions et de capacités dont l'Histoire l'a doté. Le défi est une
autre affaire. Voilà une situation entièrement nouvelle, qui s'impose du dehors et remet
en cause nos certitudes, et la signification même de notre ardeur à vivre. Il ne s'agit
pas d'un danger objectif. Personne n'en veut à notre existence. Mais nous
sommes provoqués à distance par l'enjeu d'une comparaison. Si nous n'acceptons pas
une remise en cause, nous ne perdrons rien, mais ce que nous conserverons
sera dévalorisé dans le face-à-face, et tout se passera comme si nous l'avions perdu.
Le défi ne réclame pas une mobilisation des forces concrètes, répertoriées,
consacrées mais une mobilisation des facultés encore inactives, des capacités d'inno-
-vation et d'invention. Il faut en appeler à ce qui n'a pas encore servi. L'épreuve ici est
une aventure, davantage qu'un effort. Le défi me nargue davantage qu'il ne m'affronte
ou m'offense. Il me somme d'accomplir un travail intérieur. Ici, la menace, c'est moi-même
: mon immobilisme, mes préjugés, ma pusillanimité. C'est une bravade jetée, qui ne met
pas en jeu la vie, mais la grandeur.
Ce jeune Français, qui aime son pays, ne peut plus parler de patrie parce que cela rend
un son vichyssois, ni parler de nation pour ne pas apparaître nationaliste. On lui a fait
croire que la France s'identifie à la république.
Ainsi l'usure invincible des mots le relègue-t-elle dans des impasses où l'avenir s'égare.
La France déborde largement la république. Le jeune Français se trouve sans savoir
pourquoi prisonnier d'une forme.qui passe, alors que son attachement embrasse une
culture immortelle car toute culture se veut immortelle capable de franchir les siècles
à travers ses métamorphoses. C'est cette réduction qu'il faut dépasser.
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