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Revel sur le pouvoir et l’état français

Revel in the power and status french

d’après une vidéo d’onmyway02

 

 

Rétro d’un interview parue dans Le Figaro du 15 février 1996

 

(” La France est sur-étatisée mais sous-gouvernée”).

 

Qu’est-ce qui a changé aujourd’hui?

 

Certes un Etat de plus en plus endetté!

 

 

 

LE FIGARO. Crise sociale, hostilité aux réformes, blocages divers, qu’est-ce qui ne va pas en France ?

 

 

Jean-François REVEL. On entend dire que les Français sont ouverts aux réformes, à condition qu’on s’efforce de leur expliquer. C’est une illusion complète. Quand, durant la campagne des présidentielles, Jacques Chirac parlait de réformes visant à réduire la fracture sociale, les Français comprenaient qu’ils allaient être noyés sous une pluie de subventions. Les réformes qui visent une réduction des déficits publics ou des déficits sociaux, ils ne les comprennent pas du tout.

 

Pour vous, qu’est-ce que la fracture sociale ?

 

Il n’y a pas une mais deux fractures sociales en France. D’une part, une fracture sociale entre ceux qu’on appelle les exclus et ceux qui ont un travail. D’autre part, une fracture au sein de la France qu a un travail, entre le secteur protégé et le secteur exposé, autrement dit entre les services publics et le secteur privé.

 

Or les réformes dont nous avons besoin concernent le secteur public. On dit que le plan Juppé sur la Sécurité sociale est la seule chose qui soit sortie intacte de la vague de grèves. Ce n’est pas vrai : le seul volet qui subsiste est celui qui concerne les travailleurs privés Il n’a pas été question une seconde de toucher aux régimes spéciaux. Mais, si on ne touche pas aux régimes spéciaux, on ne peut rien obtenir en matière de réduction des déficits sociaux.

 

 

Pourquoi est-ce que les réformes ne sont pas acceptées ? On a parlé d’un manque de concertation?

 

 

Si les réformes ne sont pas acceptées, ce n’est ni à cause d’un manque de dialogue ni à cause d’un déficit d’explications. C’est parce que ceux qui bénéficient de privilèges connaissent parfaitement leur situation. Inutile de leur expliquer. Ils savent parfaitement qu’ils ne veulent pas y renoncer. Ils veulent que les contribuables du secteur libre continuent à payer les déficits du secteur protégé. L’idée d’un manque de dialogue de la part du gouvernement relève de la mythologie de la communication.

 

 

Qu’est-ce qu’un privilège en 1996 ?

 

 

La notion de privilège est assez étrange. Quand on parle de privilège, dans le vocabulaire moderne, qui est un vocabulaire de l’enveloppement, où on ne nomme jamais les choses par leur nom, on dit, pour parler des gens qui ont un revenu élevé, les privilégiés. Or, la notion de privilège, ce n’est pas ça. Un privilégié est quelqu’un qui bénéficie d’un avantage payé par quelqu’un d’autre.

 

 

Il y a tout de même eu une totale incompréhension?

 

 

Si le gouvernement n’a pas été très bon dans sa communication, les bastions corporatistes, eux, sont formidables. Il ne faut pas comparer l’employé de la SNCF qui gagne 7.000 francs par mois à un PDG d’une grande entreprise qui gagne 800.000 francs par mois. Ce qu’il faut comparer, c’est le travailleur de la SNCF qui gagne 7.000 francs au travailleur du privé qui gagne 7.000 francs. L’employé de la SNCF peut partir après 37,5 ans de travail avec le salaire le plus favorable de la dernière année d’activité. Et si, par hasard, il prend une retraite anticipée, il ne perd que 20% de sa retraite, alors qu’un travailleur du privé en perd la moitié . C’est cela un privilège.

 

 

Depuis des années, on dit que notre société est bloquée. Il faut pourtant que la situation se débloque un jour?

 

 

Lorsque les bloqueurs s’obstinent jusqu’à la dernière minute possible, la réforme n’intervient qu’avec la faillite. Ce n’est plus une réforme, c’est la catastrophe finale. C’est un petit peu ce qui s’est passé en Union soviétique. Gorbatchev n’a décidé de faire des réformes qu’à partir du moment où il était trop tard pour les faire. Le système avait déjà complètement fait faillite.

 

Qui est fautif ? L’état, l’administration, les hommes politiques, les lobbies ?

 

La véritable raison, c’est qu’un certain nombre de bastions, exactement comme les armées levées par les indépendantistes corses, ont l’arme absolue. La souveraineté nationale n’a plus de pouvoir. L’Assemblée nationale vote une loi sur la proposition du gouvernement, donc, en principe, elle a force de loi et elle doit être respectée. Mais, aussitôt, vous avez une corporation particulière qui dit : moi, ça m’est égal, je ne la respecte pas votre loi. Et elle bloque tout le pays. Le gouvernement capitule parce qu’il s’est privé de tout moyen de rétorsion, à moins d’envoyer la force armée?

 

Des actes criminels -commis par les marins-pêcheurs qui ont brûlé le parlement de Rennes il y a deux ans, par les agriculteurs qui ont brûlé des camions espagnols sur l’autoroute du Midi- ne sont pas punis. Et on prétend ensuite que les banlieues sont les seules zones de non-droit?

 

C’est donc l’Etat qui ne fonctionne pas.

 

Il y a un paradoxe : un pays peut être énormément étatisé sans être gouverné. La France est un pays sur-étatisé mais sous-gouverné. Comme l’était l’Union soviétique, où l’Etat était partout, mais où aucune décision n’était jamais appliquée. Au contraire, les pays qui fonctionnent sont des pays où l’Etat est mince, et où le gouvernement est efficace. Comment résoudre ce problème en France où le gouvernement n’a plus aucun moyen d’agir, puisqu’il a remis certains monopoles entre les mains de corporations qui ont des capacités de blocage absolues.

 

En France, on ne parle plus que de prévention, de dialogue, de commissions. Tout cela vous paraît-il utile ?

 

Je crois que les coupables sont les politiques, y compris les parlementaires. Parce qu’ils ont oublié que gouverner c’es(t décider. On ne peut pas gouverner sans rencontrer de résistance et se faire des ennemis. C’est le principe même d’une société d démocratique. Une société démocratique n’est pas une société homogène. Par conséquent, vous devez arbitrer entre des intérêts qui sont souvent en conflit les uns avec les autres, vous ne pouvez donc pas être applaudi par tout le monde. A partir du moment où vous voulez être applaudi par tout le monde, vous ne pouvez plus gouverner.

 

Les élites françaises portent-elles une responsabilité dans ce dysfonctionnement de l’Etat ?

 

On met tout sur le dos des énarques, alors qu’en réalité, si les énarques ont parfois trop de pouvoir, c’est parce que les politiques ont horreur de décider. Je ne crois pas qu’il y ait une crise des élites en France. On en fait des boucs émissaires. Les élites, depuis vingt ans, publient des livres et des articles qui décrivent très bien la faillite française. On fourmille de rapports très complets sur ce qu’il faudrait changer. Le rapport de l’Igas concernant les activités de l’ARC date de plus de huit ans, et c’est seulement maintenant qu’on le sort?

 

On en revient à votre livre sur le mensonge. Les coupables ce sont les gens informés qui se taisent?

 

Prenons l’exemple des associations et des abus que la loi française leur permet. C’est au départ, une loi généreuse et démocratique, dans laquelle se sont engouffrés toutes sortes de combinards qui se débrouillent pour faire déclarer leur association d’utilité publique, qu, avec l’amitié d’un ministre ou d’un président de la République, obtiennent des subventions, sans que rien ne soit jamais contrôlé. Jusqu’au jour où éclate un scandale épouvantable? tous les systèmes de détournement de fonds ont été parfaitement décrits par Louis Bériot, François de Closets, dans des rapports de la Cour des comptes, dans des rapports des cours des comptes régionales. Ce sont les hommes politiques qui n’ont rien décidé.

 

Hommage de Jacques Garello

 

Les hommes politiques sont pour vous les principaux responsables?

 

Pendant les grèves, il était question de fermer 6000 kilomètres de voies de chemin de fer déficitaires. Des lignes qui coûtent 900 francs au contribuable alors que son billet coûte 12 francs? Devant le tollé des syndicats qui affirmaient que l’on portait atteinte à la notion de service public, Bernard Pons, ministre des transports, a déclaré à la tribune de l’Assemblée nationale qu’il n’avait jamais été question de fermer les lignes secondaires. Les députés se sont levés et ont applaudi comme des fous. Parc que chacun dans sa circonscription a une ligne déficitaire. Or, le rôle du député n’est pas de défendre sa circonscription, il est de défendre l’intérêt national. Pour défendre les circonscriptions, il a des maires, des conseillers généraux. Le député doit se placer, lui, du côté de l’intérêt général.

 

De tout ce que vous dites, il ressort très nettement qu’il y a un problème d’application de la loi dans ce pays.

 

Oui. Les citoyens français sont ” catégorisés “. La défense des droits des citoyens est devenue la défense des droits d’une profession en particulier, de ses privilèges.

 

L’exemple de la réforme de l’université est tout à fait symptomatique à cet égard. Dans les commissions de réflexion, d’ouverture et de dialogue, un mot a été banni de la discussion : le mot sélection. Quand on ne peut même plus évoquer un problème sous peine de mettre le feu aux poudres, il est curieux que l’on parle d’un peuple orienté vers la réforme. Et que demandaient les étudiants lors des troubles de novembre dernier ? D’abord plus d’argent, ensuite un statut social de l’étudiant, qui signifiait leur prise en charge totale par l’Etat. Nous retrouvons, là encore, ce phénomène d’inconscience du fait que l’argent que l’on donne aux uns vient du portefeuille des autres. La dérobade devant la réforme et l’incapacité de changer d’idées me paraissent être aujourd’hui les problèmes les plus alarmants.

 

Lorsque l’on évoque la réduction du temps de travail comme devant permettre la réduction du chômage, on butte toujours sur le refus des baisses de salaire de la part des syndicats. C’est un autre aspect de la mentalité française actuelle : nous sommes sortis de la logique de la création pour entrer dans la logique de la subvention.

 

Comme, d’autre part, l’habitude a été prise de considérer comme tout à fait normal de résister par la violence à toute réforme, il va être très difficile de s’en sortir.

 

On a l’impression qu’on se contente de bonnes formules. Ces derniers temps, quand on ne parle pas de la pensée unique, on parle de la fracture sociale, de l’énarchie. Lorsqu’une formule fait mouche, on ne cesse de la répéter?

 

Nous vivons dans une culture de la répétition. Le moindre mot, la moindre formule ont aussitôt une diffusion considérable. Vous entendez parler de dialogue absolument partout, alors qu’il n’y en a pas du tout. De médiation, alors que les médiateurs, s’ils ne donnent pas raison au camp du plus fort, sont immédiatement évincés. De fracture sociale, alors qu’on ne sait plus du tout ce que c’est!

 

On dresse des constats, des états des lieux, mais on ne va jamais plus loin?

 

Et encore le constat n’est-il dressé que par une minorité. C’est pour ça que je trouve injuste d’accuse ce que Crozier appelle les élites, parce que leurs constats ont eu une diffusion considérable. Mais on s’aperçoit que ça n’est suivi d’aucun effet. Ne pas pouvoir tenir compte des analyses, c’est aussi un signe de décadence.

 

Pourquoi ce refus de voir la réalité en face ?

 

Prenez la question de l’immigration. Pour éviter le racisme, il faut réguler l’immigration. Car si vous estimez que les droits de l’homme autorisent tout le monde à s’installer sur le territoire français, vous fabriquez de nouvelles banlieues à problèmes de manière délibérée. Si on vous traite de raciste et qu’on vous compare à Hitler parce que vous dites ça, alors vous vous taisez, mais ça n’est pas ça qui arrangera le problème. Ca donnera l’occasion de très beaux discours à des professionnels de l’humanitaire inefficace, mais c’est tout. D’autant que certaines organisations vivent de l’indignation, c’est inévitable. Pour certains, la non-solution des problèmes, c’est l’avenir?

 

A propos du malaise de la jeunesse, vous avez déjà dit que l’Etat n’était pas là pour vendre un idéal. Comment ressentez-vous ce malaise de la jeunesse ?

 

Quand on parle de malaise de la jeunesse, qu’est-ce qu’on veut dire ? Que la jeunesse trouve qu’on ne résout pas ses problèmes à sa place. Il y a une expression charmante parmi celles que l’on emploie à notre époque. On dit d’un élève qui ne réussit pas à l’école qu’il est en échec scolaire. Comme si l’échec scolaire était un phénomène anonyme, comme une inondation, comme la scarlatine. De fait, dans toutes les discussions à ce sujet, on met en cause les locaux, le nombre de professeurs? mais on oublie de dire que, pour réussir ses études, il faut travailler. On n’entend jamais parler du désir d’apprendre.

 

Il faudrait quand même savoir dans quelle civilisation nous avons choisi de vivre. Depuis les civilisations antiques, on a toujours insisté sur la conquête de l’autonomie de l’individu. Chacun conquiert sa propre vision de la réalité, sa propre morale. On ne peut pas, en même temps, demander à l’Etat de vous fournir une philosophie, une morale et de vous prendre en charge? Heureusement que l’Etat ne propose aucun idéal à la jeunesse, seuls les Etats fascistes proposent un idéal à leur jeunesse.

 

Il y a une sorte de ” politically correct ” à la française?

 

Le politiquement correct revient à ne rendre personne responsable de ses actes. Il s’agit d’une tendance à la déresponsabilisation. Par exemple, s’il faut venir en aide à des populations réduites à la misère, il n’en reste pas moins que l’on doit reconnaître qu’elles portent parfois une certaine responsabilité. Si on s’est embourbé ans des guêpiers comme en Somalie, c’est parce qu’on n’a pas voulu, admettre que si les Somaliens mouraient de faim c’était parce que les chefs des bandes détournaient l’aide alimentaire pour la vendre au Kenya contre des armes!

 

La déresponsabilisation, c’est considérer qu’il n’y a que des victimes, sauf le gouvernement, sauf Chirac, sauf Juppé.

 

Le problème de l’immigration se pose dans les mêmes termes. Je suis Marseillais. J’ai grandi dans une ville d’immigration. Les parents de mes petits camarades de classe parlaient à peine le français. Mais je peux vous garantir qu’ils étaient d’une sévérité extrême avec leurs enfants à propos des études. Le problème des banlieues, aujourd’hui, c’est que les parents ne s’intéressent absolument pas aux études de leurs enfants. D’autre part, pour que les professeurs commencent à réagir en cas de coups portés par les élèves, il faut vraiment que les limites du supportable aient été dépassées. Avant cela, ils considèrent que leurs élèves ne sont pas responsables, que ce sont de pauvres victimes.

 

On vous dit que les garçons des banlieues se braquent à cause de l’attitude des policiers, et que c’est pour cela qu’ils s’attaquent aux supermarchés ou aux habitants de leurs quartiers. Mais, quand ils dégradent les autobus, ça n’a rien à voir avec la police ! Et, quand ils se plaignent de ne plus avoir d’autobus pour aller à Paris, personne n’a le courage de les engueuler !

 

 

“Les Français ont un besoin assez inexplicable de légendes et de mythes. Aussi longtemps que nous nous contenterons d’adorer les chefs d’Etat, nous serons des primitifs de la politique.”

Vous écriviez cela en 1986. Est-ce toujours vrai en 1996 ?

 

 

Un Américain, tout en ayant beaucoup de respect pour son président, considère qu’un dirigeant politique est toujours son employé. Il ne perd jamais de vus que c’est lui qui la paie. Son argent ne doit pas être dilapidé. En France, on ne conçoit pas qu’un homme politique, y compris le président de la République, incarne la souveraineté nationale, mais qu’il a, en plus le devoir d’accomplir la tâche pour laquelle il a été élu. Travail dont nous avons le droit de contrôler le sérieux, l’efficacité. Or, en France, la vocation idolâtrique l’emporte, comme on l’a vu encore à la mort de François Mitterand. Qu’un deuil prenne de telles proportions d’hystérie funéraire, y compris chez ses adversaires, c’est tout de même très étonnant.

 

Il y a chez les Français un manque d’éducation démocratique. Le peuple ne pense pas vraiment qu’il est me maître à travers les institutions. C’est pourquoi les manifestations violentes ont tant d’importance. Elles sont une compensation. Le pouvoir est dans la rue, le pouvoir c’est la grève, le pouvoir ce sont les défilés. Alors qu’en fait le peuple a déjà le pouvoir par la voie électorale. Mais il pense qu’à partir du moment où les dirigeants sont en place, ils deviennent presque des dictateurs d’un pays totalitaire.

 

C’est pourquoi, dans une certaine mesure, je crois que les systèmes de la IIIè et de la IVè Républiques étaient, de ce point de vue, préférables parce qu’ils permettaient d’évier toute sacralisation de qui que e soit. Ce qui rend le système présidentiel français dangereux, c’est qu’il conduit à la canonisation d’un homme qui se trouve au-dessus du droit. Or il n’a jamais été dit dans la Constitution que le fait d’être élu au suffrage universel vous place au-dessus du droit. Les Français, qui se voient souvent comme un peuple frondeur, sont aussi le peuple le plus conformiste.

 

Un article sur ce blog de JF REVEL

 

(French/English):

 

Rétro d’un interview parue dans Le Figaro du 15 février 1996 Rétro an interview published in Le Figaro on 15 February 1996

 

(” La France est sur-étatisée mais sous-gouvernée” ). ( “France is on-state-but under-governed”).

 

Qu’est-ce qui a changé aujourd’hui? What has changed today?

 

Certes un Etat de plus en plus endetté! While a state increasingly indebted!

 

 

 

LE FIGARO. LE FIGARO. Crise sociale, hostilité aux réformes, blocages divers, qu’est-ce qui ne va pas en France ? Social crisis, hostility to reform, various bottlenecks, what does not in France?

 

 

Jean-François REVEL . On entend dire que les Français sont ouverts aux réformes, à condition qu’on s’efforce de leur expliquer. Jean-François Revel. We hear that the French are open to reforms, provided that seeks to explain. C’est une illusion complète. It is a complete illusion. Quand, durant la campagne des présidentielles, Jacques Chirac parlait de réformes visant à réduire la fracture sociale, les Français comprenaient qu’ils allaient être noyés sous une pluie de subventions. When, during the presidential campaign, Jacques Chirac spoke of reforms aimed at reducing the social divide, the French understood that they would be drowned in a shower of grants. Les réformes qui visent une réduction des déficits publics ou des déficits sociaux, ils ne les comprennent pas du tout. The reforms aimed at reducing government deficits and social deficits, they do not understand at all.

 

Pour vous, qu’est-ce que la fracture sociale ? For you, what the social divide?

 

Il n’ya pas une mais deux fractures sociales en France. There is not one but two social divisions in France. D’une part, une fracture sociale entre ceux qu’on appelle les exclus et ceux qui ont un travail. On the one hand, a social divide between the so-called excluded and those who have a job. D’autre part, une fracture au sein de la France qu a un travail, entre le secteur protégé et le secteur exposé, autrement dit entre les services publics et le secteur privé. On the other hand, a fracture in the France that has a job, between the protected and the exposed sector, in other words between the utilities and the private sector.

 

Or les réformes dont nous avons besoin concernent le secteur public. However, the reforms we need concern the public sector. On dit que le plan Juppé sur la Sécurité sociale est la seule chose qui soit sortie intacte de la vague de grèves. It is said that the plan Juppé on Social Security is the only thing that is intact exit of the wave of strikes. Ce n’est pas vrai : le seul volet qui subsiste est celui qui concerne les travailleurs privés Il n’a pas été question une seconde de toucher aux régimes spéciaux. This is not true: the only component that remains is that concerning the workers who lose There was no question a second touch to special regimes. Mais, si on ne touche pas aux régimes spéciaux, on ne peut rien obtenir en matière de réduction des déficits sociaux. But if we do not address the special regimes, we can not get in the reduction of social deficits.

 

 

Pourquoi est-ce que les réformes ne sont pas acceptées ? Why is it that the reforms are not accepted? On a parlé d’un manque de concertation? There was talk of a lack of consultation?

 

 

Si les réformes ne sont pas acceptées, ce n’est ni à cause d’un manque de dialogue ni à cause d’un déficit d’explications. If reforms are not accepted, it is not due to a lack of dialogue or due to a lack of explanation. C’est parce que ceux qui bénéficient de privilèges connaissent parfaitement leur situation. This is because those who enjoy privileges know their situation. Inutile de leur expliquer. Needless to explain. Ils savent parfaitement qu’ils ne veulent pas y renoncer. They know perfectly well that they do not want to give up. Ils veulent que les contribuables du secteur libre continuent à payer les déficits du secteur protégé. They want the taxpayers of the free market continue to pay the deficits of the protected area. L’idée d’un manque de dialogue de la part du gouvernement relève de la mythologie de la communication. The idea of a lack of dialogue from the government is the mythology of the communication.

 

 

Qu’est-ce qu’un privilège en 1996 ? What a privilege in 1996?

 

 

La notion de privilège est assez étrange. The concept of privilege is quite strange. Quand on parle de privilège, dans le vocabulaire moderne, qui est un vocabulaire de l’enveloppement, où on ne nomme jamais les choses par leur nom, on dit, pour parler des gens qui ont un revenu élevé, les privilégiés. When we talk about privilege in the modern vocabulary, a vocabulary of the wrapping, which never mentions it by name, they say, talk to people who have a high income, the privileged. Or, la notion de privilège, ce n’est pas ça. However, the notion of privilege, is not it. Un privilégié est quelqu’un qui bénéficie d’un avantage payé par quelqu’un d’autre. Privileged is someone who enjoys a benefit paid by someone else.

 

 

Il ya tout de même eu une totale incompréhension? There still was an utter failure?

 

 

Si le gouvernement n’a pas été très bon dans sa communication, les bastions corporatistes, eux, sont formidables. If the government was not very good in communication, corporate strongholds, they are formidable. Il ne faut pas comparer l’employé de la SNCF qui gagne 7.000 francs par mois à un PDG d’une grande entreprise qui gagne 800.000 francs par mois. We should not compare the SNCF employee who earns 7000 francs per month to a CEO of a large company earns 800,000 francs per month. Ce qu’il faut comparer, c’est le travailleur de la SNCF qui gagne 7.000 francs au travailleur du privé qui gagne 7.000 francs. This should be compared is the worker who earns SNCF 7000 francs from the private to the worker who earns 7000 francs. L’employé de la SNCF peut partir après 37,5 ans de travail avec le salaire le plus favorable de la dernière année d’activité. The employee can leave the station after 37.5 years of work with the most favorable earnings of last year. Et si, par hasard, il prend une retraite anticipée, il ne perd que 20% de sa retraite, alors qu’un travailleur du privé en perd la moitié . And if, by chance, he took early retirement, it loses 20% of his retirement, when a worker loses private half. C’est cela un privilège. That is a privilege.

 

 

Depuis des années, on dit que notre société est bloquée. For years, we say that our society is blocked. Il faut pourtant que la situation se débloque un jour? It must, however, that the situation unchoked one day?

 

 

Lorsque les bloqueurs s’obstinent jusqu’à la dernière minute possible, la réforme n’intervient qu’avec la faillite. When blockers persist until the last minute possible, as does the reform bankruptcy. Ce n’est plus une réforme, c’est la catastrophe finale. This is not reform, it is the final catastrophe. C’est un petit peu ce qui s’est passé en Union soviétique. It is a little bit what happened in the Soviet Union. Gorbatchev n’a décidé de faire des réformes qu’à partir du moment où il était trop tard pour les faire. Gorbachev has decided to reform only when it was too late to make them. Le système avait déjà complètement fait faillite. The system had already completely bankrupt.

 

Qui est fautif ? Who is at fault? L’état, l’administration, les hommes politiques, les lobbies ? The state, administration, politicians, lobbyists?

 

La véritable raison, c’est qu’un certain nombre de bastions, exactement comme les armées levées par les indépendantistes corses, ont l’arme absolue. The real reason is that a number of bastions, just as the armies raised by the Corsican separatists, have the ultimate weapon. La souveraineté nationale n’a plus de pouvoir. National sovereignty has no more power. L’Assemblée nationale vote une loi sur la proposition du gouvernement, donc, en principe, elle a force de loi et elle doit être respectée. The National Assembly passed a Law on the Government’s proposal, therefore, in principle, it is law and must be respected. Mais, aussitôt, vous avez une corporation particulière qui dit : moi, ça m’est égal, je ne la respecte pas votre loi. But soon, you have a particular corporation that says: I do not mind it, I do not follow your law. Et elle bloque tout le pays. And it blocks all over the country. Le gouvernement capitule parce qu’il s’est privé de tout moyen de rétorsion, à moins d’envoyer la force armée? The government capitulated because he was deprived of any means of retaliation, at least to send the armed forces?

 

Des actes criminels -commis par les marins-pêcheurs qui ont brûlé le parlement de Rennes il ya deux ans, par les agriculteurs qui ont brûlé des camions espagnols sur l’autoroute du Midi- ne sont pas punis. Crimes-committed by the fishermen who burned the parliament of Rennes two years ago by farmers who burned trucks on Spanish Highway Midi-are not punished. Et on prétend ensuite que les banlieues sont les seules zones de non-droit? And then it is argued that the suburbs are the only areas of lawlessness?

 

C’est donc l’Etat qui ne fonctionne pas. So the State does not.

 

Il ya un paradoxe : un pays peut être énormément étatisé sans être gouverné. There is a paradox: a country can be nationalized without being heavily governed. La France est un pays sur-étatisé mais sous-gouverné. France is a country-state-but under-governed. Comme l’était l’Union soviétique, où l’Etat était partout, mais où aucune décision n’était jamais appliquée. As was the Soviet Union, where the State was everywhere, but no decision was never implemented. Au contraire, les pays qui fonctionnent sont des pays où l’Etat est mince, et où le gouvernement est efficace. On the contrary, countries that are operating in countries where the state is thin and where the government is effective. Comment résoudre ce problème en France où le gouvernement n’a plus aucun moyen d’agir, puisqu’il a remis certains monopoles entre les mains de corporations qui ont des capacités de blocage absolues. How to solve this problem in France where the government has no way to act, since it gave some monopolies in the hands of corporations who absolute blocking capabilities.

 

En France, on ne parle plus que de prévention, de dialogue, de commissions. In France, it was no more than prevention, dialogue commissions. Tout cela vous paraît-il utile ? All this seem to you useful?

 

Je crois que les coupables sont les politiques, y compris les parlementaires. I believe that the culprits are the politicians, including parliamentarians. Parce qu’ils ont oublié que gouverner c’es(t décider. On ne peut pas gouverner sans rencontrer de résistance et se faire des ennemis. C’est le principe même d’une société d démocratique. Une société démocratique n’est pas une société homogène. Par conséquent, vous devez arbitrer entre des intérêts qui sont souvent en conflit les uns avec les autres, vous ne pouvez donc pas être applaudi par tout le monde. A partir du moment où vous voulez être applaudi par tout le monde, vous ne pouvez plus gouverner. Because they have forgotten that govern c’es (t decide. We can not govern without resistance and make enemies. This is the very principle of a democratic society. A democratic society is not a homogeneous society. Therefore, you need to arbitrate between conflicting interests which often conflict with each other, so you can not be applauded by everyone. From the moment you want to be applauded by everyone, you can not govern.

 

Les élites françaises portent-elles une responsabilité dans ce dysfonctionnement de l’Etat ? The French elite they bear some responsibility in this failure of the State?

 

On met tout sur le dos des énarques, alors qu’en réalité, si les énarques ont parfois trop de pouvoir, c’est parce que les politiques ont horreur de décider. It puts everything on the backs of énarques, when in reality if énarques sometimes too much power because the politicians have to decide horror. Je ne crois pas qu’il y ait une crise des élites en France. I do not think there is a crisis of the elites in France. On en fait des boucs émissaires. It makes them scapegoats. Les élites, depuis vingt ans, publient des livres et des articles qui décrivent très bien la faillite française. Elites, for twenty years, publishing books and articles that describe very well the French bankruptcy. On fourmille de rapports très complets sur ce qu’il faudrait changer. It is packed with comprehensive reports on what should be changed. Le rapport de l’Igas concernant les activités de l’ARC date de plus de huit ans, et c’est seulement maintenant qu’on le sort? The IGAS report concerning the activities of the ARC for over eight years and only now that the fate?

 

On en revient à votre livre sur le mensonge. It comes back to your book on lies. Les coupables ce sont les gens informés qui se taisent? The culprits are the people who keep silent about?

 

Prenons l’exemple des associations et des abus que la loi française leur permet. Take the example of associations and abuse that French law allows them. C’est au départ, une loi généreuse et démocratique, dans laquelle se sont engouffrés toutes sortes de combinards qui se débrouillent pour faire déclarer leur association d’utilité publique, qu, avec l’amitié d’un ministre ou d’un président de la République, obtiennent des subventions, sans que rien ne soit jamais contrôlé. It is initially an act generous and democratic, which have swallowed up all kinds of combinards who are doing to their state association of public utility that, with the friendship of a minister or a president the Republic, obtain grants, but nothing has ever controlled. Jusqu’au jour où éclate un scandale épouvantable? Until a scandal erupts terrible? tous les systèmes de détournement de fonds ont été parfaitement décrits par Louis Bériot, François de Closets, dans des rapports de la Cour des comptes, dans des rapports des cours des comptes régionales. all systems of embezzlement have been well described by Louis Bériot, François de Closets, in reports of the Court of Auditors’ reports in the course of regional accounts. Ce sont les hommes politiques qui n’ont rien décidé. These are politicians who have nothing decided.

 

Hommage de Jacques Garello Tribute to Jacques Garello

 

Les hommes politiques sont pour vous les principaux responsables? Politicians are your key?

 

Pendant les grèves, il était question de fermer 6000 kilomètres de voies de chemin de fer déficitaires. During the strikes, it was close to 6000 km of railways deficit. Des lignes qui coûtent 900 francs au contribuable alors que son billet coûte 12 francs? Lines that cost the taxpayer 900 francs, while its cost is 12 francs? Devant le tollé des syndicats qui affirmaient que l’on portait atteinte à la notion de service public, Bernard Pons, ministre des transports, a déclaré à la tribune de l’Assemblée nationale qu’il n’avait jamais été question de fermer les lignes secondaires. Faced with the outcry of the unions who claimed that it violated the concept of public service, Bernard Pons, Minister of Transport, told the forum of the National Assembly that he had never been any question of closing lines secondary. Les députés se sont levés et ont applaudi comme des fous. Members stood up and applauded like crazy. Parc que chacun dans sa circonscription a une ligne déficitaire. Because everyone in his district has a deficit. Or, le rôle du député n’est pas de défendre sa circonscription, il est de défendre l’intérêt national. However, the role of members is not to defend his district, it is to defend the national interest. Pour défendre les circonscriptions, il a des maires, des conseillers généraux. To defend the constituencies, there are mayors of general councilors. Le député doit se placer, lui, du côté de l’intérêt général. The member must place him on the side of interest.

 

De tout ce que vous dites, il ressort très nettement qu’il ya un problème d’application de la loi dans ce pays. From what you say, it appears very clearly that there is a problem of law enforcement in this country.

 

Oui. Yes. Les citoyens français sont ” catégorisés “. French citizens are “classified”. La défense des droits des citoyens est devenue la défense des droits d’une profession en particulier, de ses privilèges. The rights of citizens has become the defense of the rights of a profession in particular, of its privileges.

 

L’exemple de la réforme de l’université est tout à fait symptomatique à cet égard. The example of the reform of the university is quite symptomatic in this regard. Dans les commissions de réflexion, d’ouverture et de dialogue, un mot a été banni de la discussion : le mot sélection. In the commissions of reflection, openness and dialogue, a word has been banished from the discussion: the word selection. Quand on ne peut même plus évoquer un problème sous peine de mettre le feu aux poudres, il est curieux que l’on parle d’un peuple orienté vers la réforme. When you can not even mention a problem of failing to ignite, it is curious that we are talking about a people-oriented reform. Et que demandaient les étudiants lors des troubles de novembre dernier ? And asked the students during the disturbances of last November? D’abord plus d’argent, ensuite un statut social de l’étudiant, qui signifiait leur prise en charge totale par l’Etat. First, more money, then social status of the student, which meant their full support by the State. Nous retrouvons, là encore, ce phénomène d’inconscience du fait que l’argent que l’on donne aux uns vient du portefeuille des autres. We find, again, this phenomenon of unconsciousness that the money given to each portfolio from the other. La dérobade devant la réforme et l’incapacité de changer d’idées me paraissent être aujourd’hui les problèmes les plus alarmants. Evasion before the reform and the inability to change their ideas seem today the most alarming.

 

Lorsque l’on évoque la réduction du temps de travail comme devant permettre la réduction du chômage, on butte toujours sur le refus des baisses de salaire de la part des syndicats. When talking about the reduction of working time as to enable the reduction of unemployment, we still face the refusal of wage cuts from unions. C’est un autre aspect de la mentalité française actuelle : nous sommes sortis de la logique de la création pour entrer dans la logique de la subvention. This is another aspect of the current French mentality: we came out of the logic of creation into the logic of the grant.

 

Comme, d’autre part, l’habitude a été prise de considérer comme tout à fait normal de résister par la violence à toute réforme, il va être très difficile de s’en sortir. Since, on the other hand, the habit has been considered quite normal to resist with violence any reform, it will be very difficult to cope.

 

On al’impression qu’on se contente de bonnes formules. It seems that only good formulas. Ces derniers temps, quand on ne parle pas de la pensée unique, on parle de la fracture sociale, de l’énarchie. Lately, when we are not talking about thinking, talking about the social divide, the énarchie. Lorsqu’une formule fait mouche, on ne cesse de la répéter? When a hit formula, it never ceases to repeat?

 

Nous vivons dans une culture de la répétition. We live in a culture of repetition. Le moindre mot, la moindre formule ont aussitôt une diffusion considérable. Single word, every phrase immediately considerable dissemination. Vous entendez parler de dialogue absolument partout, alors qu’il n’y en a pas du tout. You hear talk of dialogue everywhere, when there is none at all. De médiation, alors que les médiateurs, s’ils ne donnent pas raison au camp du plus fort, sont immédiatement évincés. Mediation, although mediators, they are not in camp because of the fittest, are immediately evicted. De fracture sociale, alors qu’on ne sait plus du tout ce que c’est! Social division, then we do not know any more what it is!

 

On dresse des constats, des états des lieux, mais on ne va jamais plus loin? It compiles reports, statements of places, but it never goes further?

 

Et encore le constat n’est-il dressé que par une minorité. And yet the fact is it prepared by a minority. C’est pour ça que je trouve injuste d’accuse ce que Crozier appelle les élites, parce que leurs constats ont eu une diffusion considérable. That’s why I find it unfair to accuse that Crozier called elite, because their findings have had considerable dissemination. Mais on s’aperçoit que ça n’est suivi d’aucun effet. But we see that it is followed by no effect. Ne pas pouvoir tenir compte des analyses, c’est aussi un signe de décadence. Not able to take account of analysis is also a sign of decadence.

 

Pourquoi ce refus de voir la réalité en face ? Why this refusal to face reality?

 

Prenez la question de l’immigration. Take the issue of immigration. Pour éviter le racisme, il faut réguler l’immigration. To avoid racism, we must regulate immigration. Car si vous estimez que les droits de l’homme autorisent tout le monde à s’installer sur le territoire français, vous fabriquez de nouvelles banlieues à problèmes de manière délibérée. Because if you believe that human rights allow everyone to move on the french territory, you build new suburbs to problems deliberately. Si on vous traite de raciste et qu’on vous compare à Hitler parce que vous dites ça, alors vous vous taisez, mais ça n’est pas ça qui arrangera le problème. If you are dealing with racist and you are compared to Hitler because you say it, then you are shut, but it is not that it will settle the problem. Ca donnera l’occasion de très beaux discours à des professionnels de l’humanitaire inefficace, mais c’est tout. It will provide an opportunity to fine speeches to professionals in the humanitarian ineffective, but that’s all. D’autant que certaines organisations vivent de l’indignation, c’est inévitable. Even some organizations that live by the outrage is inevitable. Pour certains, la non-solution des problèmes, c’est l’avenir? For some, the non-solution of the problems is the future?

 

A propos du malaise de la jeunesse, vous avez déjà dit que l’Etat n’était pas là pour vendre un idéal. About youth unrest, you have already said that the State was not there to sell an ideal. Comment ressentez-vous ce malaise de la jeunesse ? How do you feel the discomfort of youth?

 

Quand on parle de malaise de la jeunesse, qu’est-ce qu’on veut dire ? When we talk about youth unrest, what do we mean? Que la jeunesse trouve qu’on ne résout pas ses problèmes à sa place. Found that youth that does not solve his problems in his place. Il ya une expression charmante parmi celles que l’on emploie à notre époque. There is a charming expression of those that are used in our time. On dit d’un élève qui ne réussit pas à l’école qu’il est en échec scolaire. It is said that a student who fails in school he is at school. Comme si l’échec scolaire était un phénomène anonyme, comme une inondation, comme la scarlatine. As if school failure was a limited phenomenon, like a flood, such as scarlet fever. De fait, dans toutes les discussions à ce sujet, on met en cause les locaux, le nombre de professeurs? Indeed, in all discussions on this subject, it calls into question the premises, the number of teachers? mais on oublie de dire que, pour réussir ses études, il faut travailler. but we forget to say that, to succeed his studies, he must work. On n’entend jamais parler du désir d’apprendre. It does not mention the desire to learn.

 

Il faudrait quand même savoir dans quelle civilisation nous avons choisi de vivre. It should still know how civilization we have chosen to live. Depuis les civilisations antiques, on a toujours insisté sur la conquête de l’autonomie de l’individu. Since ancient civilizations, has always insisted on the conquest of the autonomy of the individual. Chacun conquiert sa propre vision de la réalité, sa propre morale. Each won his own vision of reality, its own morality. On ne peut pas, en même temps, demander à l’Etat de vous fournir une philosophie, une morale et de vous prendre en charge? We can not, at the same time, request the State to provide you with a philosophy, a moral and you take charge? Heureusement que l’Etat ne propose aucun idéal à la jeunesse, seuls les Etats fascistes proposent un idéal à leur jeunesse. Fortunately, the State does not propose any ideal youth, only the fascists States offer an ideal to their youth.

 

Il ya une sorte de ” politically correct ” à la française? There is a kind of “politically correct” French?

 

Le politiquement correct revient à ne rendre personne responsable de ses actes. Political correctness is tantamount to not make people accountable. Il s’agit d’une tendance à la déresponsabilisation. This is a trend of disempowerment. Par exemple, s’il faut venir en aide à des populations réduites à la misère, il n’en reste pas moins que l’on doit reconnaître qu’elles portent parfois une certaine responsabilité. For example, if we come to the aid of people reduced to poverty, the fact remains that we must recognize that sometimes a certain responsibility. Si on s’est embourbé ans des guêpiers comme en Somalie, c’est parce qu’on n’a pas voulu, admettre que si les Somaliens mouraient de faim c’était parce que les chefs des bandes détournaient l’aide alimentaire pour la vendre au Kenya contre des armes! If it was mired years trap as in Somalia, because we did not want to admit that if the Somalis were starving was because the heads of gangs hijacked food aid for Kenya against the sale of arms!

 

La déresponsabilisation, c’est considérer qu’il n’ya que des victimes, sauf le gouvernement, sauf Chirac, sauf Juppé. The disempowerment, is to consider that there are only victims, except the Government, except Chirac except Juppé.

 

Le problème de l’immigration se pose dans les mêmes termes. The issue of immigration arises in the same terms. Je suis Marseillais. I Marseillais. J’ai grandi dans une ville d’immigration. I grew up in a city of immigration. Les parents de mes petits camarades de classe parlaient à peine le français. The parents of my little classmates barely spoke french. Mais je peux vous garantir qu’ils étaient d’une sévérité extrême avec leurs enfants à propos des études. But I can assure you they were of extreme severity with their children about the study. Le problème des banlieues, aujourd’hui, c’est que les parents ne s’intéressent absolument pas aux études de leurs enfants. The suburban problem today is that parents do not to their children’s education. D’autre part, pour que les professeurs commencent à réagir en cas de coups portés par les élèves, il faut vraiment que les limites du supportable aient été dépassées. On the other hand, that teachers are beginning to react in cases of physical abuse by students, it really must bear the limits have been exceeded. Avant cela, ils considèrent que leurs élèves ne sont pas responsables, que ce sont de pauvres victimes. Before that, they consider that their students are not responsible, that they are poor victims.

 

On vous dit que les garçons des banlieues se braquent à cause de l’attitude des policiers, et que c’est pour cela qu’ils s’attaquent aux supermarchés ou aux habitants de leurs quartiers. You are told that boys are steered from the suburbs because of the attitude of the police, and that is why they attack people or supermarkets in their neighborhoods. Mais, quand ils dégradent les autobus, ça n’a rien à voir avec la police ! But when they break down bus, it has nothing to do with the police! Et, quand ils se plaignent de ne plus avoir d’autobus pour aller à Paris, personne n’a le courage de les engueuler ! And when they complain about not having to bus to Paris, no one has the courage to berate!

 

 

“Les Français ont un besoin assez inexplicable de légendes et de mythes. “The French have a fairly inexplicable need legends and myths. Aussi longtemps que nous nous contenterons d’adorer les chefs d’Etat, nous serons des primitifs de la politique.” As long as we will worship the Heads of State, we will be primitive politics. “

Vous écriviez cela en 1986. You write this in 1986. Est-ce toujours vrai en 1996 ? Is that still true in 1996?

 

 

Un Américain, tout en ayant beaucoup de respect pour son président, considère qu’un dirigeant politique est toujours son employé. An American, while having great respect for its president, considers that a political leader is still his employee. Il ne perd jamais de vus que c’est lui qui la paie. He never loses seen that he who pays. Son argent ne doit pas être dilapidé. His money should not be squandered. En France, on ne conçoit pas qu’un homme politique, y compris le président de la République, incarne la souveraineté nationale, mais qu’il a, en plus le devoir d’accomplir la tâche pour laquelle il a été élu. In France, it does not conceive that a politician, including the president, embodies the sovereignty, but has, in addition to the duty to perform the task for which he was elected. Travail dont nous avons le droit de contrôler le sérieux, l’efficacité. Work which we have the right to control the reliability, efficiency. Or, en France, la vocation idolâtrique l’emporte, comme on l’a vu encore à la mort de François Mitterand. However, in France,’s vocation idolatry prevails, as seen at the death of François Mitterand. Qu’un deuil prenne de telles proportions d’hystérie funéraire, y compris chez ses adversaires, c’est tout de même très étonnant. A mourning taking such proportions hysteria funeral, including among its adversaries, it is still very surprising.

 

Il ya chez les Français un manque d’éducation démocratique. Ago in French a lack of democratic education. Le peuple ne pense pas vraiment qu’il est me maître à travers les institutions. The people do not really think it is my master through the institutions. C’est pourquoi les manifestations violentes ont tant d’importance. That is why the violent demonstrations were so important. Elles sont une compensation. They are compensated. Le pouvoir est dans la rue, le pouvoir c’est la grève, le pouvoir ce sont les défilés. The power is in the streets, the power is on strike, the power are the parades. Alors qu’en fait le peuple a déjà le pouvoir par la voie électorale. When in fact people already have the power through the ballot. Mais il pense qu’à partir du moment où les dirigeants sont en place, ils deviennent presque des dictateurs d’un pays totalitaire. But he thinks that once the leaders are in place, they become dictators almost a totalitarian country.

 

C’est pourquoi, dans une certaine mesure, je crois que les systèmes de la IIIè et de la IVè Républiques étaient, de ce point de vue, préférables parce qu’ils permettaient d’évier toute sacralisation de qui que e soit. Therefore, to some extent, I believe that the systems of the Third and the Fourth Republic was, from this point of view, preferable because it allows for any sink that Ihraam who e is. Ce qui rend le système présidentiel français dangereux, c’est qu’il conduit à la canonisation d’un homme qui se trouve au-dessus du droit. What makes the presidential system french dangerous is that it leads to the canonization of a man who is above the law. Or il n’a jamais été dit dans la Constitution que le fait d’être élu au suffrage universel vous place au-dessus du droit. It was never stated in the Constitution that being elected to place you above the law. Les Français, qui se voient souvent comme un peuple frondeur, sont aussi le peuple le plus conformiste. The French, who are often rebellious as a people, are also the people most conformist.

 

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Par Alain Genestine
Samedi 7 novembre 2009 6 07 /11 /2009 15:17
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