Pourquoi cette méconnaissance ? Outre le fait que les auteurs libéraux (Constant, Guizot, Tocqueville…et Mme de Staël), qui ont tenté de préserver les acquis de la Révolution en les insérant au sein d’Institutions démocratiques, ont été condamnés par des décennies d’idéologie marxiste, celle qui en 1793 publia de façon anonyme des Réflexions sur le procès de la Reine, par une femme où elle en appelait à « Vous, femmes de tous les pays, de toutes les classes de la société… », était une femme politique en un temps où ces deux mots étaient inconciliables. Y compris, telle est l’efficacité des préjugés inoculés, dans l’esprit même de cette femme exceptionnelle.
Elle avait l’intelligence, le talent, le savoir, l’aisance matérielle. Elle pouvait écrire, publier, faire valoir un projet politique, assumer une charge et des responsabilités. Il n’en fut rien. Les troubles révolutionnaires et la haine que lui vouait Napoléon ne suffisent pas à rendre compte de son effacement politique alors que, depuis quelques années à peine,au fil des publications, on découvre que ses Considérations sur la Révolution française est un ouvrage clé de philosophie politique et libérale. Dans cet esprit, l’Association française des Constitutionnalistes vient d’étudier la façon dont autour d’elle, le Groupe de Coppet, dont notamment Sismondi, fut le « creuset de l’esprit libéral ». Davantage encore l’édition critique des Circonstances actuelles qui peuvent terminer la révolution, permet de distinguer ce qui fut écrit de sa main de ce qui le fut de celle de Benjamin Constant. Sur cette base, et sans enlever à Constant l’importance qui est la sienne bien qu’il publia sous sa seule signature des textes écrits à deux, il n’est plus permis aujourd’hui de réduire le rôle de Mme de Staël à celui de simple inspiratrice, ou de muse du « grand homme ». Ce rôle d’inspiratrice est d’ailleurs un des plus perfides qui ait été inventé pour clicher le « deuxième sexe ».Prenons un seul exemple. Parmi les textes fondateurs du libéralisme, aux côtés de La richesse des nations d’Adam Smith, figure celui par lequel Constant établit la distinction entre la liberté des anciens et la liberté des modernes laquelle est « pour chacun le droit de dire son opinion, de choisir son industrie et de l’exercer, de disposer de sa propriété, d’aller et venir sans en obtenir la permission…le droit de se réunir…de professer le culte que lui et ses associés préfèrent… ». Il s’agit d’une conférence prononcée en 1819. Or, dès 181O Constant lui-même reconnaît dans ses Principes politiques que c’est Germaine de Staël qui est à l’origine de cette distinction sur laquelle va se construire l’esprit de la démocratie libérale.
Pourquoi dès lors, cet effacement, ce retrait volontaire derrière la figure de l’homme ? Proust, se référant à Mme de Staël, posera la question : y avait-il « une loi dont le texte ne nous est pas parvenu et qui défendait aux femmes d’écrire ? ». L’ampleur cynique de ce qu’un autre libéral, James Stuart Mill, qui fut un des premiers à le combattre, appelait « l’asservissement des femmes », est telle que cette loi nous est même parvenue sous la forme écrite !
Etre libéral c’est aussi refuser que l’on construise sa propre liberté sur le dos des autres. Le combat pour l’émancipation féminine et l’égalité des sexes est un combat authentiquement libéral et réformateur : « Eclairer, instruire, perfectionner les femmes comme les hommes, écrivait Mme de Staël, c’est encore le meilleur secret pour tous les buts raisonnables, pour toutes les relations sociales et politiques auxquelles on veut assurer un fondement durable » .
Richard Miller de MR
AL’ain GENESTINE - Alternative Libérale
Lumières et Liberté est membre du réseau LHC , Recommandé par des Influenceurs
Un parti politique est surtout fort de sa cohérence intellectuelle, de sa capacité à produire des idées
et à argumenter pour les défendre. Autrement dit, pour un parti d’idées comme le nôtre, la constitution
d’une véritable Université Libérale en son sein est essentielle.
Sabine HEROLD
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