Retour à quelques fondamentaux pour y voir plus clair dans l’actuelle confusion des idées et de la topographie politique.
Triste campagne.
Non seulement il n’y a pas de candidat libéral mais les idées libérales -quoi qu’en disent les candidats d’extrême-gauche- sont très largement absentes des programmes et des débats.
Pas de candidat libéral ? Il y a un peu plus d’un an, nous avions dit que les conditions n’étaient pas réunies pour que les libéraux puissent faire élire un des leurs et qu’il y
avait peu de place pour une candidature libérale de témoignage. Le jeune candidat d’Alternative Libérale vient d’en faire l’amère expérience. À défaut, les libéraux espéraient cependant que le
débat présidentiel tourné vers l’avenir porterait tout naturellement vers les solutions libérales et que le moment venu ils auraient tout simplement à se tourner vers le « mieux-disant libéral ».
Nous en sommes loin. Certes nous pouvons relever ici et là quelques propositions sympathiques comme l’autonomie des universités, l’instauration d’un régime de retraites par
points, la volonté de réduire les prélèvements obligatoires ou d’interdire les déficits de fonctionnement. Mais, de quelque côté que l’on se tourne, on ne voit guère de politique libérale
cohérente et articulée. Cela est particulièrement vrai sur le plan économique. (Voir Le fantôme de la
croissance)
D’une façon quelque peu prémonitoire, en octobre 2005, au lendemain des élections allemandes et de la mise en place d’une «grande coalition» nous avions ironisé sur le fait qu’en
France «tout se passait comme si s’élaborait déjà entre UMP, UDF et PS un début de programme commun : le programme commun de la ‘droiche’» (Voir La grande coalition de la «Droiche»). Et nous donnions de nombreux exemples toujours d’actualité comme la TVA sociale, les
taxes environnementales, le retour des bonnes vieilles politiques industrielles… Nous ajoutions «faute de vraie différenciation sur le fond, la bataille des idées et des propositions est
remplacée par la bataille des mots, «rupture», «modèle social», «patriotisme économique»… » Nous y sommes plus que jamais en cette dernière ligne droite où les problèmes de la France semblent
devoir se dissoudre dans de douteuses discussions sur l’identité nationale, la Marseillaise ou l’exhibition de drapeau bleu blanc rouge aux fenêtres.
Et les libéraux dans tout cela ?
Les gros bataillons des libéraux politiques qui ont rejoint l’UMP en 2002 apportent tout naturellement leur soutien à Nicolas Sarkozy même s’ils ont de plus en plus de mal à se
reconnaître dans la vision étatiste que lui souffle Henri Guaino. De plus petites escouades rejoignent François Bayrou. Avec, pour certains, le calcul que celui-ci peut faire exploser le parti
socialiste, faciliter l’émergence d’une gauche sociale-démocrate -ou mieux encore sociale-libérale façon Tony Blair- ce qui en retour forcera bien la droite à devenir libérale. D’autres,
nombreux, hésitent encore.
Tout se passe comme si les libéraux de droite choisissaient le champion de la droite quitte à mettre leurs idées libérales quelque peu entre parenthèses. Tout comme le font les
libéraux du centre avec François Bayrou dont ils apprécient une conception plus libérale des institutions. Certes, si un gouvernement d’union de la gauche et de la droite reste une chimère,
nonobstant l’exemple de l’Allemagne qui est le fruit inattendu d’une situation électorale particulière, l’idée d’un centre social démocrate libéral n’a rien d’absurde. Des coalitions
libéraux-centristes-verts-socialistes existent sous différentes formes en Europe. Et au sein du groupe des démocrates libéraux du Parlement européen, l’UDF côtoie sans problème une gauche
libérale.
La confusion est à son comble lorsque dans le Figaro le très talentueux et très respecté Jean d’Ormesson, faisant l’éloge du candidat Sarkozy («celui qui a unifié la droite», lui
a «rendu un avenir», le «meilleur des candidats», «le plus intelligent, le plus efficace»…) croit devoir affirmer, sans doute pour le discréditer et pour effrayer ses électeurs potentiels,
«qu’entre Sarkozy et Bayrou le plus libéral des deux, le plus adroit des deux, c’est Bayrou. Il n’y a rien de gaulliste en Bayrou. Depuis le début de sa carrière c’est un libéral pur jus».
Pour sortir d’une telle confusion, mieux vaut prendre un peu de hauteur. Pour mieux situer les libéraux dans le paysage politique, le célèbre philosophe autrichien Hayek nous a
invités à sortir les libéraux de l’axe politique traditionnel gauche/droite. (Voir «Pourquoi je ne suis
pas un conservateur») «L’image généralement donnée de la position relative des trois partis obscurcit plus qu’elle n’éclaire, leurs rapports véritables. Elle les représente d’ordinaire comme
trois points sur une même ligne, les socialistes à gauche, les conservateurs à droite, et les libéraux quelque part entre les deux. Rien ne saurait être plus fallacieux si nous voulons faire un
schéma, il serait plus approprié de les disposer en triangle, les conservateurs occupant l’un des angles, les socialistes tirant vers un second et les libéraux vers un troisième». C’est
d’ailleurs ce que faisait volontiers la littérature libérale au 19e Siècle. Et Friedrich Hayek de remarquer : «Comme pendant longtemps les socialistes ont été en mesure de tirer plus fort, les
conservateurs ont été entraînés dans la direction des socialistes davantage que dans celle des libéraux et ont adopté, à intervalles irréguliers, les idées que la propagande socialiste avait
rendu populaire. Ce sont régulièrement les conservateurs qui ont transigé avec le socialisme et lui ont préparé le terrain. Adeptes de la voie moyenne, et n’ayant pas d’objectif qui leur soit
propre, les conservateurs ont été guidés par la conviction que la vérité doit se trouver quelque part entre les extrêmes, ce qui a fait qu’ils ont modifié leur position chaque fois qu’un
mouvement plus prononcé s’est manifesté d’un côté ou de l’autre.» La distinction essentielle tient au fait que sur l’axe gauche droite à des degrés divers, les formations politiques croient avant
tout à l’intervention bénéfique de l’Etat.
Les libéraux au contraire, et c’est pour cela qu’ils échappent à ce classement horizontal, croient à l’importance de l’ordre spontané généré par la liberté. Leur vision est plus
que jamais actuelle dans la nouvelle société créative mondiale.
Mais les conservateurs préfèrent l’Etat autoritaire à l’ordre spontané.
«Le conservateur ne se tiendra pour rassuré et satisfait que si une sagesse supérieure veille, il supervise les changements que s’il sait qu’une autorité sur le passé chargée de garantir que
lesdits changements s’opèrent dans l’ordre».
«L’admiration des conservateurs pour la croissance spontanée s’applique au seul passé », note Hayek. «Cette réticence à faire confiance aux forces sociales autonomes est étroitement reliée à deux
autres caractéristiques du conservatisme : sa prédilection pour l’autorité et son ignorance du fonctionnement des forces économiques. Comme il se méfie autant des théories abstraites que des
principes généraux, il ne comprend pas les forces spontanées sur lesquelles se fonde une politique de liberté et ne possède pas de base sur laquelle construire une formulation de principes
politiques. L’ordre apparaît aux conservateurs comme le résultat de l’attention continue de l’autorité qui, à cette fin, doit avoir les mains libres pour faire ce que les circonstances exigent.»
Voilà pourquoi les libéraux ne sont ni socialistes, ni conservateurs…ni même équidistants. Ces quelques considérations seront sans doute de peu d’utilité pour les choix présents.
Elles peuvent néanmoins éclairer l’avenir.
Alain Madelin.
AL’ain GENESTINE - Alternative Libérale

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