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Par Paul Krugman, New York Times, 9 octobre 2008 http://i219.photobucket.com/albums/cc272/alegre3101/Krugman_FPO.jpg lire sa bio, cliquez l'image

Le mois dernier, lorsque le Département du Trésor a laissé Lehman Brothers faillir, j’ai écrit que Henry Paulson venait de jouer à la roulette russe financière. Aucun doute, il y avait bien une balle dans le barillet : la chute de Lehman a rendu cette grave crise financière mondiale encore bien pire.

Les conséquences de la faillite de Lehman sont apparues en quelques jours, mais les principaux responsables politiques ont gaspillé beaucoup de temps depuis un mois. Aujourd’hui ils sont confrontés à l’heure vérité : Ils vaudrait mieux qu’ils agissent au plus tôt. En fait, il faudrait qu’ils annoncent un plan de sauvetage coordonné durant ce week-end - ou l’économie mondiale pourrait bien subir la pire récession depuis la Grande Dépression.

http://ndn.newsweek.com/media/80/071019_krugman_vl-vertical.jpg

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Où en sommes nous ?

La crise actuelle a commencé avec l’éclatement de la bulle immobilière, qui a provoqué une généralisation des défauts de paiement sur les prêts hypothécaire, provoquant de lourdes pertes pour de nombreux établissements financiers. Ce premier choc a ensuite été aggravé par des effets secondaires, comme le manque de capitaux propres qui a forcé les banques à vendre des actifs, ce qui a conduit à de nouvelles baisses sur leur valeur, qui ont provoqué encore plus de pertes, et ainsi de suite - en un cercle vicieux de « deleveraging. » [1]. S’est alors installé un sentiment de perte de confiance dans les banques, y compris de la part des banques elles mêmes, qui a renforcé ce cercle vicieux.

Cette spirale descendante s’est accélérée après la chute de Lehman. Les marchés monétaires qui connaissaient déjà des difficultés, se sont alors bloqués. La seule chose que quiconque veuille encore acheter aujourd’hui, ce sont des bons du Trésor et une bouteille d’eau, dit la dernière plaisanterie qui fait le tour de la place.

Face à cette spirale descendante, les réponses des deux plus grandes puissances monétaires mondiales - USA et eurozone - ont été parfaitement inadéquates.

L’Europe, qui n’est pas dotée d’un gouvernement, a littéralement été incapable d’agir de façon unie. Chaque pays a déterminé sa propre politique, avec peu de coordination, et les propositions pour une réponse unifiée n’ont pas été suivie d’effet.

Les États-Unis auraient du se trouver en bien meilleure situation. Et lorsque M. Paulson a annoncé son énorme plan de sauvetage, l’optimisme est revenu pour un temps. Mais il est rapidement devenu évident que ce plan souffrait d’un fatal défaut de clarté dans sa conception. M. Paulson a proposé de racheter auprès des banques 700 milliards d’ « actifs en détresse » - les prêts hypothécaires toxiques adossés à des valeurs mobilières, mais il n’a jamais été en mesure d’expliquer en quoi cela résoudrait la crise.

Ce qu’il aurait dû proposer au lieu de cela, comme en conviennent de nombreux économistes, c’était l’injection directe de capitaux dans les sociétés financières : le gouvernement devrait fournir aux établissements financiers le capital dont ils ont besoin pour poursuivre leur activité et ainsi enrayer cette spirale descendante, et obtenir en échange une part de propriété sur ces entreprises. Lorsque le Congrès a modifié le plan Paulson, il a introduit des dispositions qui rendent une telle injection de capital possible mais cependant non obligatoire. Il y a encore deux jours de cela, M. Paulson restait résolument opposé à faire le bon choix.

Le gouvernement britannique, faisant preuve d’une clarté d’esprit qui a toujours été trop rare de ce coté de l’Atlantique, a annoncé mercredi un plan visant à fournir aux banques 50 milliards de livres de capital - l’équivalent, relativement à la taille de l’économie US, de 500 milliards de dollars - accompagné de garanties étendues sur les transactions financières entre banques. Les fonctionnaires du Trésor américain annoncent maintenant qu’ils vont procéder à quelque chose de semblable, en utilisant un pouvoir dont ils ne veulent pas, mais que le Congrès leur a de toute façon attribué.

La question est maintenant de savoir si ces mesures ne seront que trop peu, trop tard. Je ne le crois pas, mais il serait très alarmant que ce week-end se termine sans une annonce crédible d’un nouveau plan de sauvetage financier, impliquant non seulement les Etats-Unis, mais aussi tous les principaux acteurs.

Pourquoi avons-nous besoin d’une coopération internationale ? Parce que nous avons un système financier mondialisé dans lequel une crise qui a commencé avec une bulle immobilière en sur les appartements en Floride et les McManoirs de Californie a provoqué une catastrophe monétaire en Islande. Nous sommes tous dans le même bateau et nous avons besoin d’une solution commune.

Pourquoi ce week-end ? Parce que deux grandes réunions auront lieu à Washington : une réunion des hauts responsables financiers des principaux pays développés ce vendredi, puis la réunion annuelle du Fonds Monétaire International et de la Banque Mondiale samedi et dimanche. Si ces réunions se terminent sans au moins un accord de principe sur un plan de sauvetage - si tout le monde retourne chez soi avec rien de plus que de vagues déclarations sur l’intention de rester au fait de la situation - une occasion en or aura été ratée, et la spirale descendante pourrait aisément devenir encore pire.

Que faut-il faire ? Les États-Unis et l’Europe devraient simplement dire « Oui, Monsieur le Premier ministre. » Le plan britannique n’est pas parfait, mais il existe un large accord parmi les économistes pour penser qu’il offre de loin le meilleur modèle disponible pour une opération de sauvetage de plus grande ampleur.

Le temps est maintenant venu d’agir. Vous pensez peut-être que les choses ne peuvent empirer. Mais c’est pourtant possible, et si rien n’est fait dans les prochains jours, elles le feront.

Publication originale New York Times, traduction Contre Info


[1] deleveraging : processus de réduction de la dette - donc de l’effet de levier - par vente des actifs.

Cliquez aussi ici pour lire l'hommage que fait Vincent Bénard sur ce sujet

Objectif Liberté


  Ainsi qu'Alain Madelin sur les échos :
Concernant cette crise http://olivierbonnet.canalblog.com/images/Madelin.jpg



Une de ses vidéos :   
Par Alain Genestine
Mardi 14 octobre 2008 2 14 /10 /Oct /2008 18:45

Publié dans : Travail et Economie - Ecrire un commentaire
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