« Ce
sont les pays qui investissent le plus dans l’innovation qui enregistrent la plus forte croissance et le plus fort taux d’emplois ». Vendredi, à l’occasion de la journée Capital-Pôles
qu’il organisait à Bercy afin de promouvoir les pôles de compétitivité auprès des investisseurs privés, le secrétaire d’Etat chargé de l’industrie et du commerce, Luc Chatel, a dressé le
bilan du dispositif des pôles de compétitivité créé en 2005. Au-delà de sa conviction que cette initiative prise à l’époque par le gouvernement Raffarin est aujourd’hui « un
succès », il n’a pas fait d’annonce nouvelle concernant ni l’avenir des 71 sites labellisés, ni celui du dispositif lui-même.
2,6 Md€ de financements publics et privés
En novembre, Christine Lagarde, ministre de l’économie, des finances et de l’emploi avait annoncé le gel des
labellisations dans l’attente d’un audit commandé à deux cabinets indépendants (Boston Consulting Group et CM International) dont les
conclusions devraient être rendues au début de l’été prochain. Il a simplement indiqué que « rien n’est prévu à ce jour » en ce qui concerne un éventuel retrait du label
pour les pôles qui s’avèreraient les moins performants, tout en évoquant un « recentrage sur les projets les plus porteurs ». Avant de se prononcer sur l’avenir des pôles,
le gouvernement entend « analyser les facteurs de réussite : l’organisation, la gouvernance, la collaboration entre les membres ».
Sur le plan du bilan, le secrétaire d’Etat s’est montré plutôt élogieux, estimant que les « 887 millions d’euros investis par l’Etat dans les
pôles », avait eu un effet « d’amorçage » et avait « initié d’autres financements publics (par les collectivités territoriales – NDLR) et
privés ». Au total, les pôles ont bénéficié de 2,6 milliards d’euros de financement depuis leur création, sur les 927 projets présentés 436 ont été retenus et financés par l’Etat, et ce
sont entre 3000 et 5000 chercheurs des organismes de recherche publics ou privés qui travaillent aujourd’hui sur les projets émanant des pôles, tandis que 10% des salariés de l’industrie
seraient employés sur un pôle.
La France compte 71 pôles de compétitivité.
Les investisseurs privés appelés à prendre la relève
Assurant les chefs d’entreprises et les représentants des pôles venus à Capital-Pôles que le gouvernement ne se désengagerait pas du financement, Luc Chatel
a estimé qu’il était temps « que les investisseurs privés prennent la relève et montent en puissance » dans le financement apporté aux PME innovantes des pôles de
compétitivité. Banques, capital-risque, business angels, sont invités à s’intéresser d’un peu plus près à ce qui se passe sur les 71 clusters français. Lors de ces rencontres, la question des
financements publics n’a guère été abordée. Sans attendre les résultats de l’audit lancé par le gouvernement plusieurs rapports et de nombreux témoignages font état des délais parfois très
longs, jusqu’à 18 mois, qui peuvent s’écouler entre la décision de soutenir un dossier et le déblocage des fonds publics. Mission a été confiée à Oséo de prendre en charge à compter du 1er
janvier 2009 la gestion du fonds unique interministériel destiné au financement des PME des pôles, avec pour objectif de simplifier les procédures et de les rendre plus
rapides.
Des mesures pour inciter le privé
Pour inciter les financements privés, des mesures devraient être prises dans le cadre de la loi de modernisation de l’économie, a précisé le secrétaire
d’Etat. Annonçant la création de 5 fonds d’investissement de proximité, il a aussi indiqué que le gouvernement souhaitait renforcer le développement de réseaux de business angels. En
ouverture de la journée, Hervé Novelli, secrétaire d’Etat chargé entre autres des PME, s’était lui aussi adressé aux participants, rappelant que le gouvernement travaillait sur des mesures de
réduction des délais de paiement, d’accès aux marchés publics pour les PME innovantes.
Par ailleurs Luc Chatel a annoncé qu’il créerait cet automne avec Jean Louis Borloo, ministre de l’écologie, de l’énergie, du développement durable et de
l’aménagement du territoire, un Conseil stratégique des éco-industries, une filière considérée comme prioritaire par l’Etat à la fois dans le cadre de sa politique d’innovation industrielle
et de la mise en œuvre du Grenelle. Enfin, une charte de coopération interpôles dans le domaine des énergies renouvelables devrait être signée d’ici l’été afin de favoriser les projets
coopératifs entre les pôles et d’accélérer le développement de la filière.
Jamais depuis la création de l’ANVAR l’aide aux PME innovantes n’a été aussi élevée. Au cours du premier trimestre 2008 Oséo a attribué 190 M€ d’aide à l’innovation en faveur des PME de
moins de 250 salariés, comme l’explique François Drouin son président.
Vous
avez déclaré qu’à la fin du premier trimestre l’activité innovation d’Oséo n’avait jamais été aussi forte. Qu’en est-il exactement ?
Jamais nous n’avons autant financé l’innovation des PME en France que durant le premier trimestre 2008. L’aide à l’innovation des PME a battu tous les records et ceci depuis la création de
l’ANVAR en 1967. On a atteint un niveau de 190 millions d’euros d’aides. En 2007 en fin d’année nous étions à 400 millions d’euros cela avait été une année très forte. La conclusion c’est
que les PME aujourd’hui innovent. On entend parler de crise des subprimes, de crise financière. Mais il y a des entreprises qui préparent l’avenir puisqu’elles présentent des projets
d’innovation, qu’on les finance et qu’il s’agit de projets qui vont porter leurs fruits dans 3, 4 ou 5 ans et qui ne sont pas dans une vision à court terme.
Les sommes que vous indiquez ne concernent-elles que les PME de moins de 250 salariés ou tenez-vous compte des entreprises intermédiaires de moins de 5000 salariés ainsi que des
anciens projets portés par l’A2I ?
Non, je parle à périmètre constant, uniquement des PME de moins de 250 salariés. Les financements des entreprises intermédiaires proviennent de l’enveloppe de l’ex-A2I et sont dispensés
dans le cadre des Programmes d’Innovation Stratégique Industrielle, les fameux PISI.
Par ailleurs, les équipes de l’A2I ont intégré Oséo. Elles s’occupent du suivi des anciens dossiers de l’agence, et aussi de cette nouvelle cible que sont les entreprises intermédiaires et
pour lesquelles y a des projets qui ont déjà été financés. Pour ce qui est des dossiers venant de l’A2I deux ont été autorisés par Bruxelles depuis le début de l’année, Quaero pour 99 M€ et
Minimage pour 70 M€. Il y en a d’autres dans les tuyaux, ils arrivent.
Où en êtes-vous de la mise en œuvre du plan stratégique annoncé en début d’année ?
Ca commence à se mettre en œuvre, les choses avancent mais il est encore trop tôt pour que nous puissions en voir les résultats. Il y a cependant des domaines plus avancés que d’autres tel
celui de la garantie puisque nous avons annoncé que nous accentuerions la prise de risque sur la garantie. Mais cela vient surtout de la conjoncture, les banques nous apportent
davantage de prêts à garantir. Pour nous la croissance est de 25% par rapport au même trimestre de 2007. On peut dire que c’est beaucoup, mais en fait ce n’est pas un chiffre énorme parce
que nous ne garantissons que 4% des prêts bancaires accordés aux PME et quand nous progressons de 25% en réalité nous garantissons 5% de ces prêts. Donc nous accentuons la prise de risque
sur la garantie parce qu’on nous apporte plus de dossiers, mais on n’a pas vraiment encore changé les règles
(1).
Durant l’année en cours vous devez préparer Oséo à la gestion des fonds publics destinés aux pôles de compétitivité. Où en êtes-vous de cette préparation et avec quels objectifs
travaillez-vous ?
Nous sommes dans une phase de dialogue avancé avec l’actuel gestionnaire qui est la Direction Générale des Entreprises (DGE) du ministère des finances. Le ministère nous a demandé
d’améliorer le mode de gestion jugé trop lente aujourd’hui. La coordination des intervenants publics que sont l’Etat, les régions, les collectivités, induit des délais de versement de
l’aide publique trop longs au regard des temps durant lesquels une PME peut espérer conserver grâce à sa R&D un avantage compétitif. On nous demande d’aller plus vite en créant des
dossiers sur des formats normés alors qu’actuellement tous les dossiers n’obéissent pas aux mêmes règles. Le mode de lancement des appels à projets fait que tous ces dossiers arrivent en
même temps, ce qui provoque des bouchons et tout cela prend du temps. Si on pouvait écouler ces dossiers au fil de l’eau on pourrait raccourcir les délais de réponses. Ce sont des choses
comme cela que nous voulons améliorer. Mettre en place un process depuis l’appel d’offre, avec une méthode qui permette d’être plus efficace et plus rapide.
21 avril 2008, Par Pierre Magnetto
1 : Mercredi, Oséo présentera avec Le Comité Richelieu un nouveau produit dédié à la garantie bancaire, la garantie de caution de projets innovants, garantissant les banques lorsqu’elles
se portent caution, auprès des grands comptes, du versement d’indemnités contractuelles en cas d’échec d’un projet innovant confié à une PME.
Pierre Magnetto
Commentaires